En 2016, Toyota semblait inamovible en tête du secteur. Sept ans plus tard, la carte a changé, bousculée par des forces qu’aucun constructeur ne peut plus ignorer. L’électrification accélère, les chaînes d’approvisionnement tanguent, les règles du jeu réglementaires évoluent sans relâche. Les géants d’hier doivent désormais défendre chaque point de part de marché, sous peine de voir filer le peloton de tête.
Les groupes historiques ne règnent plus sans partage. Face à eux, de nouveaux venus avancent, souvent portés par des innovations qui changent la donne ou des stratégies offensives. Les alliances se renforcent, l’Asie gagne du terrain, et la montée fulgurante des véhicules électriques impose de nouveaux rapports de force, bien loin des schémas figés du passé.
Le marché automobile en 2024 : état des lieux et dynamiques globales
En 2024, le marché automobile encaisse des secousses que peu auraient anticipées il y a dix ans. La filière tente de reprendre de la vigueur après le coup d’arrêt dû au covid et les pénuries de semi-conducteurs. Pourtant, la reprise n’est pas linéaire. L’inflation persiste, les prix des véhicules neufs montent, et la France n’a pas encore retrouvé le rythme des ventes de voitures neuves d’avant crise. Les dernières immatriculations de voitures neuves révèlent une lame de fond : les véhicules électrifiés gagnent encore du terrain.
Les véhicules électriques et hybrides captent désormais un public élargi, encouragés par le bonus écologique et le leasing social proposé par l’État. En parallèle, les changements réglementaires comme la multiplication des zones à faibles émissions obligent familles et pros à repenser leurs choix. Tandis que les véhicules thermiques voient leur part diminuer, les véhicules utilitaires légers bénéficient du dynamisme du marché BtoB.
Pour prendre la mesure de ces évolutions, voici ce qui ressort du paysage actuel :
- Véhicules particuliers : déjà, près d’une immatriculation sur deux concerne un modèle électrique ou hybride.
- Marché de l’occasion : la demande reste tendue face aux prix du neuf, avec une vigilance accrue sur le budget à allouer à l’automobile.
- Location longue durée : la flexibilité séduit particuliers et entreprises, qui veulent limiter leur exposition aux incertitudes de la revente.
Face à ces mutations, la distribution automobile doit se renouveler en profondeur. Les constructeurs accélèrent la transformation digitale et élargissent leurs offres vers des solutions de mobilité globale. D’un côté, l’attachement aux modèles classiques persiste ; de l’autre, les spécialistes de la mobilité électrique creusent leur sillon et montent en puissance.
Quels groupes dominent réellement le secteur aujourd’hui ?
Le secteur automobile tourne autour de quelques groupes automobiles qui imposent leur rythme. Stellantis occupe la première place dans la distribution automobile en France, s’appuyant sur l’aura de Peugeot, Citroën, Fiat ou DS. Avec la fusion PSA-FCA, le groupe s’est doté d’un réseau de points de vente d’une densité rare, pour un chiffre d’affaires global qui dépasse 179 milliards d’euros.
Derrière, Renault se bat avec une gamme repensée et une politique d’électrification assumée. La croissance de Dacia est au rendez-vous, et Renault Retail Group continue de peser lourd dans la distribution automobile nationale. Sur le champ nouveau de la mobilité et des services, l’offre Mobilize se taille aussi une place crédible.
Certains géants indépendants bousculent la hiérarchie habituelle. Emil Frey France affiche une force de frappe impressionnante, solidement ancrée sur tout le territoire. D’autres réseaux, comme PSA Retail ou Renault Retail Group, orchestrent chaque année des dizaines de milliers de transactions et façonnent le tissu commercial du pays.
Rien n’est acquis pour autant. L’arrivée massive de la mobilité électrique et la quête d’une qualité de relation client affûtée imposent de repenser les services. Les enjeux financiers dépassent l’entendement : la distribution automobile en France se chiffre à plusieurs milliards d’euros et influence durablement la physionomie du secteur.
L’essor des véhicules électriques bouleverse-t-il la hiérarchie des constructeurs ?
La montée en puissance des véhicules électriques bouscule les références installées. Les chiffres d’immatriculations de voitures électriques grimpent en flèche, dopés par le volontarisme des pouvoirs publics et un environnement fiscal adapté. Tandis que Renault et Stellantis accélèrent, de nouveaux candidats percent à l’avant-plan.
Tesla a imposé sa marque : logiciels sophistiqués, image forte, et un temps d’avance technologique sur le marché européen. Mais une vague venue de Chine s’installe : BYD, Nio, Xpeng, Great Wall Motors multiplient les offensives, s’appuyant sur des véhicules électriques chinois à des tarifs imbattables. Cette compétition inquiète jusqu’aux plus hautes sphères politiques, où l’on questionne la pertinence des tarifs douaniers face à cette percée.
La présence de ces nouveaux concurrents oblige les acteurs traditionnels à revoir leur position. Les ventes de véhicules électriques s’accélèrent, bouleversant l’équilibre du secteur tout entier. Désormais, la bataille ne se limite plus à celui qui proposera le meilleur produit : tout compte, de l’infrastructure de recharge aux services connectés, jusqu’aux modalités de financement.
En 2024, la rivalité ne s’écrit plus uniquement sur l’axe anciens contre modernes. Tout se joue sur la capacité à anticiper et à innover, sur la réactivité face à la transition énergétique. Rester figé, c’est prendre le risque de disparaître du paysage.
Stratégies gagnantes : comment les leaders adaptent leur modèle face aux nouveaux défis
Impossible, désormais, de simplement gonfler la gamme des modèles. L’heure est à la transformation, rapide et inédite. Renault s’appuie sur sa filiale Ampere, entièrement dédiée au développement et à la production de véhicules électriques. L’objectif : industrialiser l’innovation, satisfaire aux conditions strictes des zones à faibles émissions et capitaliser sur la dynamique du bonus écologique.
Côté Stellantis, on joue la carte de la pluralité : expansion rapide des modèles hybrides rechargeables (PHEV), essor des véhicules utilitaires légers zéro émission et développement de solutions de leasing social pour élargir leur audience, y compris sur le marché de l’occasion. Les branches comme Mobilize ou Forvia (réunissant Faurecia et Hella) accélèrent la transition vers une mobilité durable et intègrent davantage de services connectés.
Pour saisir ce qui distingue les plus offensifs, voici sur quels leviers ils s’appuient :
- La diversification de l’offre : multiplier les modèles, du thermique à l’hybride jusqu’à l’électrique, pour toucher un public élargi.
- L’optimisation de l’activité de distribution automobile : restructuration des réseaux, digitalisation accélérée, gain d’agilité.
- L’utilisation judicieuse des aides gouvernementales et dispositifs d’accompagnement, autant d’accélérateurs pour dynamiser les ventes auprès des entreprises et des particuliers.
Cette agilité se traduit aussi dans la prise en compte rapide des évolutions du marché BtoB et la capacité à maintenir les ventes de véhicules neufs, malgré une inflation qui réduit les marges. Les ténors amplifient les efforts sur la fidélisation, anticipent les attentes, ajustent sans relâche leur cap.
Qui sera capable d’aller plus loin, plus vite, d’imprimer sa marque durablement ? Rien n’est figé sur ce marché ; l’avance d’une semaine peut se transformer en retard du mois suivant. La compétition se joue dorénavant à armes égales, et tout peut basculer plus vite qu’hier.


